Habiter la ville. Habiter la culture ou la nature?

Habiter le monde, habiter poétiquement.

Habiter la ville. Habiter la culture ou la nature?

Il ne reste que les quelques tableaux trainés depuis l’enfance…Des tableaux dans lesquels les “paysages pastoraux ” perdent leurs couleurs sous la couche mince de la poussière et des gaz polluants…. Toujours est-il que seuls ces souvenirs de la nature disent ce qui était la nature avant que la coulée des bitumes et du béton ne viennent effacer à jamais…

Il reste aussi la mémoire…. Celle des “vieux”….encore épargnés des “maladies” dégénératives….

Cependant les seules images qu’ils décriront, sont démunies de leurs enveloppes cristallines….des images délavées….

La ville s’habite-t-elle toujours?  20746272_10210263567929837_6368223081460830312_o

Les romantiques ont été , eux comme leurs écrits, emboités…. Emboités entre des parois opaques…emprisonnés ou “protégés”? Ils tentent de poétiser la ville…

La ville est “agressive” …Elle emprisonne, rétracte… Elle étouffe, écrase…

Se protéger en ville, c’est être enchainé à un boulet, à un bout de pain ranci, à une épave dans une mer qui n’a plus de “mémoire”, à un rêve dissout…

La ville est une chimère….Sur ses pignons géants, la crasse et la suie ont dissimulé un poème que seuls quelques vieux  retiennent dans un coin de leur mémoire encore vive , même si ses échos fatigués…

Pars courageusement, laisse toutes les villes ;
Ne ternis plus tes pieds aux poudres du chemin
Du haut de nos pensers vois les cités serviles
Comme les rocs fatals de l’esclavage humain.
Les grands bois et les champs sont de vastes asiles,
Libres comme la mer autour des sombres îles.
Marche à travers les champs une fleur à la main.
Alfred De Vigny

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LES MURS DE LA VILLE…

L’inertie des murs de la ville n’est-elle pas le  prologue du vécu mollasse d’une société sans inspiration, sans espoir ?

Sauf s’il y a parmi sa progéniture quelques marmailles qui cultivent l’exaltation de la souffrance.   Les murs s’offrent alors  en un exutoire  occasionnel de la douleur et des autres incontinences toxiques… Ils offrent aussi un support à une palette de belles           fo20728705_10210254306178299_6327557775189955981_ormules sémantiques,  à de figures et d’expressions difficiles et signifiantes.

Ainsi, même la douleur est une sculpture de mots, les épures et les gribouillis de l’affliction ou encore le beau style du désespéré.  Elle se “projette” sur la fausse neutralité des murs de la ville et ses reliefs font de l’ombre aux “cris” aigus du plaignant.

la littérature des murs de la ville est un art figuratif ou les mots ne sont pas seulement des représentations, mais aussi des “consonances” , des gouts et des cris… C’est l’expression d’une douleur enroulée dans un brin d’espoir  si fin, invisible, inexistant…Il est là juste par la magie de la mémoire a pouvoir “mémoriser” l’espoir ou son souvenir lointain….

Quand les murs de la ville servent de parchemins aux scribes désespérés de la ville, il est loisible de croire que l’espoir est plus fort que les Écritures aussi saintes soient-elles…

Quand les murs de la ville servent de peau aux “tatouages”, il est probable que le message se veut vaste et éternel.

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Introduction à un ouvrage en chantier

Le texte qui suit est une esquisse d’une introduction à un ouvrage sur les “origines mythiques” de Constantine….

PENTAX Image

Aborder le palimpseste urbain de Constantine est une véritable gageure. Cette mission est un voyage dans ces temps antiques si lointains qu’il devient presque impossible de les cerner aujourd’hui. Car, aujourd’hui et du haut du XXIe S., la notion du temps est insérée dans des rapports individualistes. Oui, l’instantané cristallise le temps, il est le “lieu” du réel. L’espace se confond au temps et vice-versa. Les échanges sont pratiqués dans une sorte de moment d’inertie et de sédentarité. Ils sont immatériels; des flux qui sillonnent le monde à travers un réseau qui réduit le temps à l’instant présent.

Mieux encore dans la logique libéraliste, consciente de la fluctuation des valeurs et manipulant le privilège des innovations techniques, la valeur du temps se décline dans l’instant “propice”. La civilisation technicienne se complaît dans son amnésie “intemporaine“, rangeant le passé dans la “mémoire morte” elle inaugure “la posthistoire” (P.Virilio. 2010)[1].   

Dans un tel contexte que pourrait valoir un voyage dans la mémoire “morte” de la ville ?

Le plaisir du voyage  à “la recherche du temps perdu“, surement, mais aussi une chance de ramener dans son escarcelle quelques enseignements pour saisir les instants présents.  

Ce voyage dans le temps s’effectue à travers  l’espace pour retrouver les lieux pertinents. Ces derniers sont marqués de “beaux fossiles des durées concrétisés par de longs séjours”[2] (BACHELARD Gaston).  Une paléontologie urbaine est-elle possible? Elle est surement l’approche la plus indiquée pour aborder le palimpseste urbain.   Nous ne sommes pas loin de ce temps comprimé dans le lieu. Il s’agira donc de retrouver le maximum d’indices pour identifier et interpréter sa mémoire, ses vicissitudes et son genius.

Il faut cependant préciser que cette paléontologie urbaine observe les lieux et tout ce qui se rattache à leur définition et leur interprétation. Qu’ils soient toponymiques, récits ou matériels, les indices restent des pistes dont les recoupements procurent à priori une matière à interroger et à interpréter.

Cirta, est-il possible d’évoquer sa “fondation” comme celle de ces villes antiques autour de la méditerranée ou dans la Mésopotamie? De raconter son mythe fondateur?

Aucun poète, ni chroniqueur de l’antiquité n’ont évoqué les augures de sa naissance.  

La fondation de Cirta échappe-t-elle à cet événement ” qui a eu lieu dans le temps primordial, le temps fabuleux des commencements? 

Nous ne pouvons le croire. Il serait même maladroit de trancher sur son inexistence d’autant que la topographie de la ville est singulière. En effet, le Rocher, le canyon qui l’entoure et le Rhummel qui coule paisiblement dans les profondeurs sombres sont des éléments de nature à suggérer une association prompte à alimenter et amplifier l’imaginaire et tisser des récits fabuleux.   

Le “grand commencement” de la ville est surement dans la  naturalité singulière de son site. Les rochers aux formes impressionnantes figurent souvent dans des récits extraordinaires. Le mythe avec ses codes, sa structure et son contenu est là pour raconter les conditions d’émergence des formes de vie.  Il élabore un cadre ou le sacré, domaine des dieux admet une proximité humaine, soit concurrentielle soit partenariale. Ainsi, la figure du Héros, le grand fondateur et à travers son association aux divinités, justifie la grandeur de l’œuvre et de sa fondation.

Une “généalogie urbaine” est-elle possible sans un tutoiement filial des mythes fondateurs de la cité ? (Précisons que la paléontologie est l’assise primordiale de la généalogie.)

Certes, il est possible d’échafauder des théories imaginables et cohérentes pour prétendre construire un germe à la base d’une formation urbaine, cependant pour être admise dans la pensée universelle, cette performance de l’esprit humain peut  échapper à l’histoire spéculative, mais pas à la géographie. D’autre part la rationalité consacrée aux savoirs universaux n’est-elle pas elle-même une “mythologie” contemporaine qui se substitue aux “légendes” primitives?

Aujourd’hui si les savoirs se construisent à partir de conceptualisations doctement élaborés, ou encore à partir des interprétations d’expériences plus ou moins apprêtées, ils sont aussi l’objet de récits ou de narrations dans lesquels le “hasard” s’introduit en accessoire nécessaire et souvent pertinent.

La présence accessoire du hasard est certes  admise, mais déclinée comme un fait illusoire. Et pourtant, sa proximité et sa tangence aux conceptualisations ou aux expériences suggèrent une présence pertinente et le raisonnement ne prête aucun ou très peu d’intérêts.

Les cités antiques sont surtout des récits. Elles ne naissent pas seulement d’une nécessité sociale, elles ne s’accommodent pas seulement des conditions physiques et géographiques du site. Elles nous parviennent enveloppées dans des récits notoires et surnaturels.  Le mythe fondateur est une narration inoubliable, immémoriale, transmise de génération en génération avec la ferme prétention de perpétuer l’âme de la ville: la cité. Cet attachement se transforme en culte aux fondateurs et une vénération des ancêtres.           

La mémoire des ancêtres fondateurs est une gageure, un enjeu tellement essentiel qu’il lui est attribué un caractère sacré. Cet attribut social et spirituel est enveloppé dans une “conte” mystérieux, dans le mythe non seulement dans sa transmission intergénérationnelle  mais aussi comme valeur intransgressible.

Chez les anciens, les ancêtres morts étaient des héros, mieux encore des dieux. Cette fonction intégrative du culte est déployée pour préserver un ordre moral commun aux communautés.  D’ailleurs cette “obligation” est déterminante des rapports au monde (M. Eliade.1956). Sacré et profane sont les premières valences  qui désignent l’environnement. Les ancêtres déifiés par la mort introduisent dans le site d’établissement un espace “sacré” bien délimité, voisin de l’espace profane, que la communauté des descendants aménage pour se sédentariser.

La fixation sur le territoire ne tient pas uniquement aux nécessités “physiques” du site, mais également au “genius loci“, fortement imprégné de l’omniprésence de l’esprit des ancêtres divinisés.

En somme, le souvenir du fondateur “se perpétuait comme le feu du foyer qu’il avait allumé. On lui vouait un culte, on le croyait dieu et la ville l’adorait comme sa Providence. Des sacrifices et des fêtes étaient renouvelés chaque année sur son tombeau“. (F. De Coulanges. 1864).   

[1] VIRILIO Paul, Le grand accélérateur. Ed. Galilée.Paris.2010.

[2] BACHELARD Gaston. La poétique de l’espace.

A.BOUCHAREB fev.2017

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L’urbanisme contestataire

Urbabillard

L’urbanisme est normatif. Cette discipline cherche à ordonner la ville, à la réguler. Mais la ville ne se fabrique pas simplement sur un plan d’aménagement ou dans les lignes d’un règlement.

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En ce sens, l’urbaniste est  trop souvent conformiste.  Il uniformise la forme des bâtiments, encadre les matériaux et sépare les fonctions. Par l’application des règlements, il limite les hauteurs, impose des distances et exige des cases de stationnement pour toutes constructions.

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Ksar Ain Sefra.

Le ksar est une espèce de « sème » urbanistique , la plus petite unité significative urbaine,  des premiers temps, premier tâtonnement original, riche en enseignement, vers une dimension celle là plus complète et plus importante qu’est la ville et donc conception rigoureuse, scientifique, espace investis par un savoir multiple et qui obéit à des besoins que l’homme s’impose à travers une évolution qui contraint à une vie commune, étapes qui ont abouti à cette vie moderne qui ne trouverait sa définition, surtout, qu’en milieu urbain.

19_d_ain_sefra_ksarEn quoi, ces constructions en pisé, peuvent-elles susciter notre
attention, motiver notre intérêt ?

Il y a d’abord l’émotion qui, éveillée par des souvenirs à la seule vue d’un palmier, par le parcours d’une de ces rues basses complètement en ruine….nous emmène en voyage vers les origines, dresse devant nous la figure charismatique d’un ancêtre mécontent, à la moue désapprobatrice de tout ce qui se passe ici bas.

Mostefa BENCHERIF

in Carnet de l’inachevé

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ORAN, ce lieu envoûtant.

oranMer et rêves y trouvent port, ciel et délires s’y trouvent encore. Fascination d’Orient, désir d’occident. La vie y est musique et chants de voix rauques. Raï pour femmes, vin, parfum, harems… les amours y sont rebelles et les enfances, si belles. L’ivresse entraîne l’âme si loin vers les souvenirs.
Danse, danse, mon amour sous la lumière des regards et des rythmes envoûtants, du Twist au diwan… Danse, danse, mon amour en déhanchements lancinants. Hier, encore le henné de teinte vive parait les pieds de la danseuse, en arabesques enchevêtrées pour raconter l’histoire de nos étreintes. Et comme une passion sans borne, Oran est femme amoureuse de l’Orient et de l’Occident et dans le déhanchement de ses rivages, de ses corniches, de ses plages démesurées… elle se livre altière aux vents venus d’ailleurs, depuis la nuit des temps et garde de chacun de ses cavaliers avec lesquels elle a dansé, des souvenirs inoubliables de ses étreintes…

Elle a dansé conquise, des pas de danse inconnus sur une piste celle de l’histoire… Mais elle ne s’est jamais livrée entièrement, ni montrée son visage derrière son litham: elle est restée sauvage, rebelle, sensuelle… et tous ses amants l’ont quittée complètement fous, repris dans leurs voyages de conquêtes par la mer qui les a ramenés, vers les lieux de leur départ où ils continueront d’en rêver des siècles après: turcs, espagnols, français… mais leurs ombres planent encore dans la ville, dans chaque ruelle, dans ses bâtiments vétustes, dans les rues de ses quartiers où se cachent les fantômes de tant de bars, tant de terrasses de café, tant de salle de cinéma…hantés par des fantômes qu’aperçoivent encore les anciens habitants des lieux.
Ils connaissent les endroits où se trouvaient les boutiques de Garcias, l’épicerie de Gomez, la pharmacie d’Albert. Parlera en eux une nostalgie déchirante d’émotion, une larme à peine visible. Ils sentent leur ville, dans cet ailleurs où tolérance, convivialité existait malgré tout. Oran, aujourd’hui est toujours ouverte sur le monde de plus en plus belle, de plus en plus sollicitée, elle s’étend de plus en plus vers des espaces qui étaient destinés à être son verger, à la nourrir, à l’aider à respirer…

Wahran est une belle femme si infidèle mais toujours aguichante: les bars avec leurs tonnes d’escargots, leurs brochettes, si appétissantes leurs amandes salées, leurs cacahuètes à déguster, ont disparu laissant place à des cafés toujours bondés, puis la mer qui se déploie magnifique et puis les femmes plus belles que jamais avec les saisons et les modes et puis toute la poésie déclamée dans les cabarets par les nostalgiques de l’arrière pays et toute la bière et whisky déversés par les frustrés qui ramènent l’argent, beaucoup d’argent à coup de corruptions, de malversations de toutes les régions qui viennent pour s’encanailler et puis le sourire de Sid El Houari si beau, si merveilleux, si accueillant dans le mysticisme de ce lieu envoûtant, heureux qu’on vienne l’illuminer avec une bougie
MOSTEFA BENCHERIF.
Poète/philosophe.
(Chronique parue dans le journal Le  Carrefour d’Algérie, du 30 Novembre 2016 et publiée dans ce blog avec la permission de l’auteur)
  
 
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VILLES MOCHES ?

“Figurez-vous qu’elle était debout leur ville, absolument droite. New York c’est une ville debout. On en avait déjà vu nous des villes bien sûr, et des belles encore, et des ports et des fameux mêmes. Mais chez nous, n’est-ce pas, elles sont couchées les villes, au bord de la mer ou sur les fleuves, elles s’allongent sur le paysage, elles attendent le voyageur, tandis que celle-là l’Américaine, elle ne se pâmait pas, non, elle se tenait bien raide, là, pas baisante du tout, raide à faire peur.

Louis-Ferdinand CELINE, Voyage au bout de la nuit.

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Moche, une ville? Quelle question? Oui il arrive que l’on croise quelques unes dans un parcours. Mais sur quels critères se base-t-on pour décréter cette mocheté?

Certes, il y a un filtre de typification chez chaque observateur…pire il y a des conditions , un état d’âme une situation particulière qui pèese sur la subjectivité naturelle dans toute appréciation…Mais une ville moche?

La ville est moche quand elle vous donne l’impression qu’elle est dépeuplée, abandonnée ou morte. Cet objet ne se décline que comme un conglomérat minéral,  perdu souvent dans des solitudes des champs asséchés. Elle est hideuse quand elle perd sa socialité au profit d’une “fragmentation” mettant en veilleuse le possible “clash”.

Elle est moche quand elle participe ou favorise la crétinisation, quand elle relègue l’affectivité, la créativité  et la liberté. Une ville qui cache son histoire comme une honteuse et deshonorante “erreur”, est une ville perdue.

Du regard, vous frôlez surement des villes dans vos parcours. Au premier plan, quelques édifices denses vous mettent à la figure la grisaille de leur inachevement et de leur incomplétude:  Cette temporalité d'”habitants” qui n’ont pas encore décidé de s’établir durablement dans un milieu. Meme les rapports à l’environnement restent empreints d’une hésitation …..

La ville moche est un “brouillon” qui dure…Il restera brouillon, c’est-à-dire, l’objet d’un “jugement” indécis. Une indécision reductrice de la créativité et de la solidarité est une condition pesante dans le “look” et dans le feeling d’une ville…   

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